2004 – Saint Nazaire à Brest

STAGE A BORD DU BELEM
SAINT NAZAIRE A BREST

13 AU 17 MAI 2004

 

JOURNAL DE BORD

 

GRAND PAVOIS 2003

En me promenant entre les différents stands, je m’arrête pour écouter un groupe de jazz sympa, et j’achète pour la bonne cause un billet de tombola au profit de « MARINS SANS FRONTIERES » : une drôlement bonne idée, le gagnant du séjour à bord du BELEM est le N° 0947 !!!

tombola

JEUDI 13 MAI 2004

A 16 heures je récupère une voiture que l’on me prête, en effet aucun de mes trains ne circule suite à la grève de la SNCF.
Arrivée à Saint Nazaire à 19 heures, je repère le quai d’amarrage du navire et je vais pique niquer face à la mer.
A 21 heures je fais la connaissance de Myriam qui attend sur le quai avec un gros sac et lui confie mes bagages. Je vais stationner la voiture devant la gare (!!!) et reviens au port à pied.
A 23 heures nous montons à bord, accueillies par Arnaud qui nous remet un carton avec le numéro de notre bannette. Nous nous installons dans nos quartiers. Une troisième femme embarque ce soir, et deux autres nous rejoindront demain : nous seront donc cinq… pour douze bannettes, c’est le grand luxe !
Je loge bannette N° 67 et fais partie du troisième tiers.
Nous passons un moment sur le pont pour profiter de ce beau début de nuit et faire connaissance avec le navire. Mes deux co-stagiaires sont très sympas et le courant passe tout de suite entre nous. Cela durera tout le temps du stage. Puis nous allons nous coucher car le départ est prévu demain à 7 heures.
Toute la nuit nous entendrons des stagiaires arriver et s’installer le plus doucement possible pour ne pas réveiller les autres.

VENDREDI 14 MAI 2004

Le petit-déjeuner (ainsi que tous les repas) est servi dans la batterie située dans le faux pont, juste à côté des cabines des stagiaires. Café, pain, beurre, confitures… apparemment nous avions tous faim !
Nous quittons le quai et entrons dans l’écluse.
Quelques retardataires arrivent précipitamment et l’équipage installe la coupée pour leur embarquement, décidément cette grève des trains aura donné des sueurs froides à certains d’entre nous !
A 8 heures 30 nous sortons du port de Saint Nazaire.
Briefieng du Commandant dans le Grand Rouf, puis l’équipage envoie la toile.

Petite visite dans mes appartements : bannette N° 67 dans le quartier « D », dit « des Dames ».

135_C

Pendant tout le stage nous vivrons au rythme des quarts, de jour comme de nuit, et notre participation aux diverses activités du navire sera totale.
L’équipage est lui-aussi réparti en trois tiers, mais lui ne change pas d’heures d’un jour à l’autre contrairement aux stagiaires qui auront des horaires qui tournent. Cela nous permettra de voir toutes les activités du navire à toutes les heures.

A 12 heures : à table… les repas sont vraiment excellents et bien des restaurants devraient prendre des cours auprès des « Cooks » du BELEM !

En début d’après-midi le Zodiac est mis à l’eau et nous embarquons par groupe de six. Ainsi nous pourrons admirer le navire sous tous ses angles.
Charles est au commandes du Zodiac et nous fait le grand jeu : tour complet du navire, passage sous le beaupré et petite visite des hélices à l’arrière.
Le BELEM est vraiment superbe avec toute sa toile et les appareils photos commencent à chauffer…

135_C

Je remarque avec amusement que la plus petite voile du navire, le Foc d’artimon (petit triangle en bas à gauche entre le grand mât et le mât d’artimon), fait exactement la même surface que la grand-voile de mon petit voilier « Toupidek »… on est bien peu de chose !

● ● ● ● ● ● ● ▬▬▬ il est 17 heures, 7 coups brefs et 1 coup long : c’est le signal d’abandon du navire… heureusement ce n’est qu’un exercice.
Nous allons tous chercher nos brassières de sauvetage et nous nous rassemblons sur le Spardeck. Bernard le Commandant en Second nous donne les consignes de sécurité puis nous fait un historique du BELEM, le tout non sans une dose certaine d’humour !
Il termine son discours en nous rappelant que la prochaine fois ce ne sera pas un exercice… Nous sommes tous ravissants dans nos brassières oranges fluo et tout le monde a le sourire.

L’ambiance est très bonne et le fait que nous ne soyons que 29 stagiaires (sur 48 possibles) y est sûrement pour beaucoup.

L’EQUIPAGE

Il est temps de présenter l’équipage qui va nous encadrer pendant ce stage, il y a :

Le Commandant, Eric, dit « Commandant »
Le Commandant en second, Bernard, dit « Capitaine »
Les deux Lieutenants Arnaud et Nicolas
Le Chef mécanicien Jean-Charles
Le Bosco Patrice
Le charpentier Pépé
Les deux « Cooks » Marcel et Patrick
Les Gabiers instructeurs : José, Gwen, Charles, « Mao », Seb, Hervé et Quentin.

SAMEDI 15 MAI 2004

0 HEURES : Premier quart de nuit, 0 à 4 heures. Nous sommes répartis en trois groupes, un à la veille à l’avant, un à la barre et un au repos. Nous changerons toutes les heures. Je commence par le repos, puis la veille au bossoir et pour finir la barre. Nous sommes en pleine nuit, je n’ai dormi que deux heures et pourtant je savoure pleinement ce moment. J’ai toujours adoré la navigation de nuit, alors sur le BELEM c’est jouissif !
De plus, la nuit est peut-être propice aux sentiments exacerbés, le BELEM a une âme et dans cette obscurité calme elle est palpable !
La nuit est superbe, le temps calme et de nombreux feux dansent autour de nous car nous sommes encore dans l’embouchure de la Loire.
A 4 heures la relève est là alors vite au dodo ! Le petit-déjeuner est servi pour tous à 7 heures… dans l’après-midi une sieste s’imposera.

RÔLE DE PROPRETE

Tous les matins après le petit-déjeuner de 8 heurs à 9 heures : tandis qu’un tiers passe la serpillière dans nos quartiers, les deux autres s’arment de chiffons et d’un flacon de « Miror » et s’attaquent aux cuivres, et il y en a…
Quelques messieurs me demandent de ne pas montrer certaines photos compromettantes à leurs femmes : ils frottent !
Sur la dunette, un magnifique projeteur était resté oublié depuis quelques temps, personne n’ayant osé s’y attaquer. « Miror », chiffons, brosses à dents et pas mal d’huile de coude : avec Pascal nous en sommes venus à bout en une heure et demie, et quel résultat !

135_C

BORDEE DE QUART

A la barre : de jour comme de nuit nous barrons chacun notre tour.
par ce temps de demoiselles le navire reste facile à diriger, mais par plus gros temps nous ne serons pas trop de deux pour tenir l’imposante barre à roue.
Nous avons les yeux rivés sur le compas, nous avons également un indicateur d’angle de barre. Je me sens assez à l’aise, le BELEM est un « chouïa » plus grand que ma coque de noix, mais un voilier reste un voilier et le fait de savoir naviguer est un avantage indéniable.

INSTRUCTIONS DANS LA MÂTURE

Nous avons beau avoir capelé un harnais, il ne sera attaché que sur les vergues… et que ces mâts sont hauts !
Seul une dizaine d’entre nous aura essayé et Laurent est l’unique stagiaire a être monté au sommet du grand mât (35 mètres au-dessus de la quille…).
Je ne suis pas montée jusqu’en haut mais Myriam a bien voulu immortaliser ma tentative.
Promis : la prochaine fois j’y retourne !

21 instructtions mature 1

LA NAVIGATION

Pendant toute la durée du stage, l’accès à la dunette est ouvert à tous et les officiers ou matelots présents sont toujours disponibles pour répondre à toutes nos questions.
Pour ma part, je suis allée fréquemment faire un point ou observer les instruments de navigation. C’est vraiment agréable d’être ainsi intégrés à l’équipage et de participer pleinement à la marche du navire. Ces notes m’ont ensuite permis de retracer précisément la route que nous avons parcourue avec le BELEM (carte en bas de page).

LES « COOKS »

La cuisine est un lieu stratégique. De nombreuses « réunions sauvages » d’affamés y ont lieu, de jour comme de nuit, souvent animées par Gwen, estomac insatiable !!!
En cas de petit creux, nous pouvons ouvrir le frigo et prendre de quoi nous sustenter, et en ce qui me concerne, mon estomac est comme à chaque fois que je navigue : prêt à ingurgiter n’importe quoi à n’importe quelle heure ! Marcel me fera même déguster ses fameux maquereaux marinés… juste après le petit-déjeuner : délicieux !!! Certains n’avaient pas l’air parfaitement convaincus…

14 Marcel Patrick

Les deux « Cooks » Marcel et Patrick, nous ont concoctés tout au long du séjour d’excellents repas dignes de bien des restaurants étoilés : cassolettes de coquilles Saint-Jacques sauce au homard, gigot d’agneau aux petits légumes, fromages et mousses aux fraises ; ou pavés de boeuf, frites… Et le tout arrosé… à l’eau de source ! Le BELEM est un « navire sec » et à l’heure du fromage nous avons entendu des remarques du genre : « quelle horreur, du Camembert à l’eau ! ».

DIMANCHE 15 MAI 2004

12 heures : passage du Raz de Sein. La mer est toujours belle et le vent très faible. Peu après le phare de la Vieille, la force du courant annulera le vent apparent : le voilier va bouchonner, faire demi-tour et terminer le passage du Raz… en marche arrière !
Pas mal avec un trois-mâts barque de 800 tonnes avec 1200 mètres de voilure dessus !
Après avoir paré Tévennec, la route jusqu’à Ouessant se fera au moteur et en marche avant…

17 heures : le BELEM a mouillé dans la baie de Lampaul.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Eric nous invite au Punch de l’amitié préparé par Marcel et tout le monde se rassemble dans le grand rouf dans la joie et la bonne humeur.
Notre doyen, Louis, se fait prendre en photo avec toutes les femmes du bord : le roi Louis et ses femmes…

Quoi qu’il en soit, et qu’on se le dise, il est fameux le punch de Marcel ! (Entorse au « régime sec » : nous sommes au mouillage).

Les stagiaires et les membres d’équipage hors-quart qui désirent se rendre à terre peuvent le faire au moyen du Zodiac piloté par Arnaud.

135_C

Louis, Pascal et moi faisons partie du premier voyage.
Un petit tour dans un café de Lampaul où se retrouveront de nombreux membres d’équipage et pas mal de stagiaires en manque d’un certain type de boissons… Avec Pascal nous prenons une bière, et Louis un double Whisky ! Puis une jolie ballade dans le village : tous les habitants savent déjà que le BELEM est là et en sont heureux car c’est sa première visite ici. Plusieurs nous abordent gentiment pour nous en parler et nous avons d’autant plus la certitude de naviguer sur un navire d’exception.
Nous rentrons à bord par la « navette » de 23 heures, toujours pilotée par Arnaud puisqu’il fait partie du quart de 8 à 12.

LUNDI 16 MAI

Briefing du Commandant dans le Grand Rouf : aujourd’hui nous allons faire de la « voile pédagogique » : c’est à dire des virements bout au vent pour le plaisir de brasseyer une partie des 4500 mètres de cordages du navire. En prime, la manœuvre prend environs 20 minutes… par beau temps ! Petit schéma des événements :

 virt vent evant                     0 virt lof pour lof

(Pages extraites du « Manuel du gabier manœuvrier » de la Fondation Belem)

Début d’après-midi : nous approchons du Goulet de Brest. Nous croisons de nombreux navires de la « Royale » et Nicolas et moi sacrifions à la tradition du salut (abaisser à mi-hauteur, puis remonter trois fois de suite le pavillon national) : quelques-uns seulement nous répondent, mais mollement… décidément les traditions se perdent !

Un petit tour d’horizon aux jumelles : une silhouette familière se détache sur l’horizon : « L’Etoile » ou « La Belle Poule » se dirige vers le Raz de Sein, mais le voilier est trop loin pour que l’on puisse distinguer auquel des « sisterships » nous avons affaire.

A l’entrée du Goulet nous embarquons le Pilote qui va nous conduire à quai.
Avec le Commandant et le Capitaine ils prennent place sur le toit de la dunette.

Dans la baie de Brest, nous croisons de nombreux bateaux de tous genres, et même « Randy » le dauphin qui accompagne un voilier, je le reconnais à l’entaille de sa nageoire dorsale.

16 heures, port de Brest, darse N° 3 : le BELEM est à quai, c’est fini !

Presque tous les stagiaires quittent tout de suite le navire, sauf Myriam et Fred qui continuent jusqu’à Saint-Malo, et Laurent et moi qui n’avons un train que demain.
Nous mangeons tous les quatre dans une crêperie avec vue sur le BELEM, un repas plein de fou-rires et – déjà – de souvenirs, et nous nous donnons rendez-vous pour demain matin.

MARDI 17 MAI 2004

A 9 heures et demie, nous nous retrouvons sur le quai tous les quatre. Quelques photos avant l’embarquement et Myriam et Fred montent à bord. Le BELEM largue les amarres.
Laurent et moi serions bien restés quelques jours de plus mais pas moyen d’embarquer comme passager clandestins : le stage qui commence est complet et même le chat du bord – s’il existait – ne trouverait plus une bannette de libre…

J’ai un coup de « blues » en regardant le navire s’éloigner et je me promet de revenir.

A 12 heures je prends mon train pour rentrer à La Rochelle. Je dois être bien distraite car je me trompe de navette et prends celle de Morlaix au lieu de celle de Quimper ! Heureusement le contrôleur m’arrange cela et me change mon billet, je passerai par Rennes au lieu de Vannes et je retrouverai à Nantes mon train pour La Rochelle comme prévu au départ.
Ce voyage est un peu triste et je me demande un peu ce que je fais là, la transition entre le BELEM « hors du temps » et la SNCF est un peu difficile !

Il n’y a pas de doute : je reviendrai !

Route du BELEM reportée sur une carte marine

45 carte

Livret de navigations maritime du BELEM

46 livret nav

Dédicaces des membres d’équipage

47 dedicaces1       48 dedicaces2

Recette des maquereaux marinés de Marcel
« La gamelle à Cécel »

15 maquereaux moyens (selon la pêche…)
1/2 bouteille de Muscadet
1/2 bouteille de vinaigre blanc
2 carottes
2 oignons
2 citrons non traités
Thym, laurier, romarin, clous de girofle, estragon, poivre, gros sel

Vider, étêter les maquereaux et mettre à dégorger avec 2 poignées de gros sel pendant 12 heures.
Egoutter, laver les poissons, les placer dans un grand récipient pouvant aller au feu avec une feuille d’aluminium au fond.
Entre chaque couche de maquereaux, déposer des tranches de citron, carottes, oignons et saupoudrer des herbes.
Faire bouillir à part le muscadet et le vinaigre, verser le mélange bouillant sur les poissons.
Porter à ébullition et éteindre.
Mettre au frais et déguster bien froid.

Testé à bord juste après le petit-déjeuner : excellent !!!

Cliquer ici pour voir toutes les photos du stage